Avant de reprendre la barque constituée, oubliant le bras imposé un temps de la rivière, faut-il que je fasse le deuil de la dernière branche qu'il reste à mon arbre. C'est nécessité, je le crois, puisqu'elle est du bois des barrages de ma route.
Me voilà donc étrangère dans ma maison, mais ce n'est plus ma maison, c'est celle de l'étrange. La chose connue a perdu ses teintes et ses formes.
Comme c'est difficile d'écrire cette nuit. Mes mots qui d'habitude courent sur le papier, mal ou bien mais dans l'aisance, mes mots fusionnent à mes plaies entretenues.
Ah, comme je suis libre, mais que ma liberté a coûté de douleurs. Le feu a fermé les blessures mais des flammes encore posées sur chacune brûlent par moment ce qu'il me reste de réflexes à vouloir garder un rêve d'âme ancienne.
Je n'arrive pas à l'écrire, ça ne vient pas, ça étouffe ma plume. J'ai un cri qui me mine mais tu. On m'a demandé de faire le moins de bruit possible pour ne pas déranger. Le silence est là dans toute la force d'une musique dissonante.
Je ne dérange plus.
J'existe ailleurs.
Mon monde a achevé sa mutation.
Ce n'est pas une mutation, j'ai traversé l'espace et mon vol m'a emportée si loin de la terre trop présente pour que je la connaisse réellement. Loin de cette attache trop obligatoire pour que longtemps je puisse en comprendre les limites et les repousse en conscience.
Mon départ pour l'inconnu, dont je percevais déjà l'essence du terreau où plonger mes racines, a révélé l'étroitesse du nid de mes origines. Mon Dieu que ses limites sont palpables, que ses murs sont hauts, que la pierre qui le constitue est solide. Mais à me taper le corps et l'âme contre ces résistances, mes meurtrissures ont provoqué un séisme. J'ai imploré qu'on éloigne les parois pour vivre encore là avec mes envies de fleurs sauvages. Mes rêves avaient tant besoin de grandir et d'un soleil pour y parvenir.
Je ne sentais pas la douleur trop habituelle.
Mon appel à ouvrir une fenêtre, à me laisser créer un espace vital où je puisse loger enfin sans me briser les os à chaque mouvement, a fait trembler les murailles.
Mon cri a ouvert la faille suffisante à mon passage.
J'ai savouré l'air nouveau qui s'est engouffré et comme un tourbillon m'a happée, attirée dehors.
J'ai flotté longtemps, liées encore par un cheveu, il n'était pas fil d'Ariane et s'est rompu.
Ce n'est pas le vide que j'ai traversé, c'est l'espace et je le découvrais avec ses étoiles. J'ai croisé quelques mondes occupés et j'ai trouvé le mien à peupler.
Ce voyage a été long et la route incertaine. Nourrie d'une certitude quand même, les murs anciens se sont refermés après mon envol et aucune tornade inverse ne naîtra pour me ramener derrière. Tels des remparts les hautes parois me protègent et me font exister dehors, ailleurs.
©
Marie Hurtrel
texte déposé - n°UGZ238C
On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines".
Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...
© M.H
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