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Nuit aux mots

Lentement, j'ouvre une porte, bleue, pourquoi bleue, peu importe. Ma respiration est moins forte habituellement, sans doute que le silence alentour la met en évidence ce soir, et la lumière n'en n'est pas une, c'est une pénombre encore assez légère pour arrondir les angles sans cacher les formes...

Haletante presque, mais si, mais non, pas encore...rien ne saurait faire que mon souffle se renforce, je ne coure pas, ne marche pas vite, au contraire, je glisse doucement sur le sol frais de la chambre que j'explore du regard, je frôle tout sans heurt...
Je connais l'endroit, je l'ai créé !

Je te vois et te crois endormi, allongé, inerte, couvert à demi par le plaid usé tombé du canapé qui reçoit habituellement mon sommeil. Que fais-tu dans ce domaine où les rêves sont miens et si souvent douloureux ? Ah, je sais, tu sais qu'ils peuvent aussi être torrides et tu es venu tenter de sentir à quel point, te lover dans les sensations dont pourrait se souvenir le lieu de mes nuits immobiles.

Mes yeux ont le pouvoir de caresser et ne s'en privent pas. Sans approcher encore mes mains, je sens déjà la chaleur de ta peau diffusée dans mes paumes...
Les tiens sont à peine ouverts, tes yeux comme en attente d'un signe pour lever les paupières tout à fait. Il est temps à mon impatience d'accorder les désirs, et je m'allonge près de toi sur le peu de place qu'il reste entre les fruits d'étoffe aux couleurs passées. La sérénité et la douceur nous accompagnent, le temps s'est arrêté avec ma main sur ton cœur.

La nuit nous enveloppant de ses ailes protectrices, à la lueur lunaire je dessine sur ton corps l'itinéraire infini des plaisirs longtemps imaginés...du bout des lèvres effleurant ta sensibilité, je réveille une à une chaque parcelle de ta peau assoupie avec ton âme... Nos bouches ont à dire et les mots sont inutiles... tes bras comme anneau et les miens en sépales, calice de ton visage, jouent et dansent comme sous la brise courbant à peine les blés murs à l'août de nos envies.

© Marie Hurtrel


Membre du collectif des Poètes mal famés

On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines". Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...

© M.H

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"La télé est un soin palliatif pour le cerveau qui s'éteint" © G.H

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