Parler d’un livre. Il me serait impossible de dire ce que je pense d’un livre dès que je le referme, et surtout pas s’il s’agit de poésie.
Le livre arrive chez moi, et il est d’abord objet avec sa seule beauté relative au choix de sa « robe » par son créateur, ses créateurs.
Il est objet du souvenir par le plaisir visuel et du trouble sensitif qui me glisse presqu’immanquablement dans les rayons de la ruche « blibliothécale » de mes enfances, disparues de ma géographie et où d’autres alignements de promesses de lecture sont arrivés.
Pourquoi j’aime, à en avoir le regard orant, cet alignement sans jours des dos titrés offerts à la tentation « lectorale »… le tissu de ce bloc des livres croisés du bois organisateur et de la sourde résonnance du silence…
Pourquoi ? « Parce que ! » dirais l’enfant que je suis et reste, comme tous, malgré la charge grandissante du temps qui ne soumet pas « l’adultie » à une lassitude expérimentale.
Alors l’objet, c’est lui qui entre chez moi. Il ne presse pas et ne me presse pas. Il s’ajoute au bouquet souvent éparpillé autour de mon lit, où se mêlent les genres comme le désordre si bien ordonné et semé de la nature.
Vient ensuite, sans temps compté, dans l’heure ou l’année, la disparition de l’objet, sa couverture, ses pages, son encre, dans l’ouverture de son âme.
Là, le voyage commence et ne termine jamais.
Je n’attends rien, je laisse le mot, la phrase, le sens, l’insens et l’étonnement faire leur route. Et je suis le chemin.
En poésie, il s’agit d’une lecture buissonnière qui me donne une liberté de maraude et m’invite à arpenter mes instincts aux découvertes « adolescentines ».
Alors je lis, relis, dé-lis. La visite du corps de l’encre du poète ne finit pas, et elle mute en greffe à mon biblio-songe.
Un
poème.
Un poème.
Un poème. Un poème.
Je ne sais même pas ce que c’est. Chant, parole, musique, silence, le bruit des oiseaux, le son de la ville, le cri de la montagne. Une géographie intérieure, le relief du monde.
Si le livre se referme, ce n’est qu’un instant. Il revient jeter son hasard sous l’intuition de la main et du regard. Je l’ouvre encore, souvent.
Il me lit plus que je ne le lis.
C’est alors qu’il m’arrive de parler de lui, du ventre de l’objet offert par son auteur.
© Marie Hurtrel
On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines".
Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...
© M.H
Site déposé n°UGZ218B. Textes déposés © n°SEZ7178 et © n°UGZ218C et suivants. ... |
||||||
|
||||||
| |
![]() |
|||||