Cette histoire véridique se déroule dans un pays connu de tous, puisque nôtre, celui si beau d'Amifeuilstil.
La fin d'un hiver long et monotone s'annonçait par l'arrivée des premières fleurs. Les branches des arbres fruitiers se paraient de douces couleurs.
Chacun vivait impatiemment l'attente des joies du jardin, rêvant d'aller de plantations en tailles, de nettoyages des allées en découvertes des nids abandonnés depuis longtemps. C'était un sentiment de renouveau, le printemps, simplement, qui chatouillait les esprits dans ce décor dévêtu de la grisaille hivernale. C'est alors qu'un matin plus radieux qu'un autre vit apparaître d'étranges phénomènes…
Mais, ne croyez pas qu'il s'agit d'une hallucination collective ou individuelle, l'histoire que je vais relater est bien réelle, point une légende ni un conte, car des scientifiques de tout poil se sont penchés sur l'évènement, leurs constats se recoupent tous ! Personne n'a rêvé !
Aux matines sonnantes du quatrième jour de Mars, mois dont le nom guerrier aurait dû rendre méfiant le peuple d'Amifeuilstil, une habitante découvrit un œuf sur le pas de sa porte.
Cette payse, qui répondait au doux nom de Crolicroli, se dit qu'il était bien étrange qu'un oiseau vint pondre sur son paillasson. Mais, acceptant d'ordinaire les choses avec détachement, elle le ramassa et le déposa un peu plus loin, entre quelques herbes hautes de son jardin. Puis, elle retourna à ses occupations sans plus y penser.
Bien sûr, cela ne semble pas être bien inquiétant à ce moment là, mais c'était le début d'une période terrible pour les habitants d'Amifeuilstil…
Quelques heures plus tard, d'autres découvrirent également des œufs, et toujours devant leurs portes !
Il ne fallu pas longtemps pour qu'une discussion soit lancée sur le sujet parmi les pays de là !
« Quel oiseau peut avoir eu l'envie de pondre sur des paillassons ? » disait l'un.
« Il ne peut y avoir qu'un seul oiseau, et quels oiseaux d'ailleurs, avez-vous remarqué que l'œuf ne ressemble à aucun de ceux connus ? » disait une autre.
« Pensez-vous qu'on puisse le manger ? » disait le plus gourmand des concernés.
Toutes les questions possibles étaient posées, nul n'avait de réponse.
Les œufs, tous identiques, étaient aux jolies couleurs des violettes, quelques courbes, ayant pris leurs teintes aux pétales de fuchsias, venaient comme ornements inattendus.
Les œufs étaient jolis certes, on eut pu les prendre comme un cadeau, ce qui firent la plupart des gens du coin, d'ailleurs, qui décidèrent qu'un pays ou une payse avait dû fêter à sa manière le prochain printemps. Ils auraient voulu remercier l'auteur de ce présent, mais qui était-ce ?
La réponse vint sans attendre. Il s'agissait bien d'un cadeau d'autres Amifeuilstiliens...
Ananananan, considérée comme une fée par beaucoup, et Loukloukgni le chef du pays d'Amifeuilstil s'étaient concertés, et avaient décidé d'offrir un œuf magique à chacun des habitants, pour fêter la fin du long hiver. Ils dirent cela, et l'étonnement fut général…
« Magique ? Les œufs sont magiques ! Est-ce possible ? » s'exclama Delphissem. Elle était touchée de l'attention, et curieuse des effets de magie que pouvait avoir un œuf, si joliment décoré fut-il. Delphissem, la plus sensible des âmes d'Amifeuilstil, exprima son contentement et demanda à Ananananan et Loukloukgni quel miracle pouvait accomplir les œufs.
« Garde cet œuf ! Gardez tous vos œufs, ils peuvent vous apporter des bienfaits sur vos maisons ! Croyez-moi, si vous faites ce que je vous vais vous dire, l'œuf agira ! » répondit Ananananan.
« Mais, dis-nous ce qui se passera ! » et « Que devons-nous faire ? » Les questions fusaient de toutes parts.
Ananananan s'adressa alors à tous, assemblés autour d'elle, expliquant ce que chacun devait réaliser :
« Chers pays et chères payses, pour qu'un œuf puisse exercer sa magie, vous devrez l'honorer, lui rendre grâce, en faisant votre maison à son image. Mais attention mes amis ! Tous ne réussiront pas, ce que l'œuf demande de culte, n'est pas si simple qu'imaginé. Si un œuf agit, c'est qu'il aura été célébré de belle manière, ni trop peu, ni pas assez, et avec le respect dû à un œuf ! »
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Un silence de plomb se répandit dans l'assemblée des pays. Tous cogitaient, et d'autres questions arrivèrent :
« Doit-on faire que nos maisons ressemblent à des œufs ? Comment est-ce possible puisqu'elles sont rectangulaires et que rien ne changera cela ? »
« Comment rend-on grâce à un œuf ? »
Ananananan leur dit qu'il ne s'agissait pas de cela, mais qu'il fallait inventer un intérieur pour que l'esthétique des lieux s'accorde à merveille à la forme et aux couleurs de l'œuf.
Elle demanda aussi que ceux qui le voulaient, car rien n'était imposé, fassent tout pour seoir plus grand nombre dans leurs goûts différents, car l'œuf n'avait pas la capacité de choix.
« C'est vous, pays, vous-mêmes, par la force de clameurs, qui déclencherez la magie des œufs. La plus forte clameur incitera l'œuf à s'ouvrir, et, de sa coquille jaillira une étincelle qui tombera sur la maison choisie, et la magie opérera enfin…la maison élue se transformera en gigantesque demeure ! Sachez également que moins la clameur sera forte, moins efficace sera l'étincelle ! » ajouta-t-elle.
Sitôt les explications de la fée Ananananan données, les pays retournèrent chez eux avec la ferme intention de flatter l'œuf de la meilleure façon qui soit… Une vaste demeure, qui n'en rêve pas ?
On vit, durant de longs jours, tous s'affairer dans la recherche de belles images, de tissus aux couleurs éclatantes, de pierres brillantes, de peintures aux teintes douces ou franches, et d'œufs, venant de tous les oiseaux de la contrée, afin de les décorer tels des icônes.
Les fenêtres de toutes les maisons devinrent de véritables autels à la gloire de l'œuf, chargées de trouvailles plus imaginatives les unes que les autres…
Tout cela serait une histoire simple, quoique des plus originales, mais une idée vint à quelques uns et se transmis vite à tous : il fallait certainement des œufs magiques pour décorer à l'image d'un œuf magique !
« Si ces œufs offerts par Ananananan et Loukloukgni sont magiques, il doit en exister d'autres ! » furent les mots, prononcés par Clikounet, maître de l'école d'Amifeuilstil, qui décidèrent tout le monde à partir à la recherche d'œufs magiques.
Hélas, la folie gagna peu à peu les esprits, la recherche s'intensifia, et si des œufs aux pouvoir surnaturels furent découverts, une suite imprévue s'annonça sous des auspices voletants qui auraient dû interpeller les habitants d'Amifeuilstil.
Dans les nids d'oiseaux, il y avait toujours un œuf particulier, plus gros, aux couleurs plus éclatantes que les autres. Ils étaient magiques, c'est un fait, chacun put le constater, mais pas définitivement avec bonheur…
Crolicroli fut la première à déposer un de ces œufs sur le rebord de sa fenêtre. Qu'il était beau, qu'il brillait ! Quelle surprise un matin, quand au lieu d'œuf elle en vit une centaine rutiler dans sa maison ! C'était beaucoup, mais, le lendemain, un millier d'autres œufs avait rejoint les autres, chaque jour, ainsi, dix fois plus d'œufs s'ajoutaient au nombre !
C'était trop maintenant… Quelle catastrophe !
Plus de place nulle part dans les maisons, et le même phénomène se passa partout, chez tous…
La douce Delphissem travaillait inlassablement à ranger tous ces œufs inattendus, sa maison restait ordonnée bien que la tâche fut ardue.
D'autres réussirent aussi un moment à s'organiser pour garder leurs maisons jolies et habitables, mais il fallait bien se rendre à l'évidence : les œufs continuaient d'augmenter en nombre, et entrer chez soi devint quasiment impossible…
Assis devant sa maison, Crolicroli se lamentait. « C'est infernal ! Comment enrayer cette invasion ? Ma maison est inaccessible ! Si une autre pluie d'œufs arrive, mes murs vont s'écrouler ! »
Elle n'était pas seule à s'inquiéter, d'autres Amifeuilstiliens se rejoignirent dans la plainte.
« Quelle catastrophe ! Il faut arrêter cela ou nous allons perdre nos maisons ! » hurlaient les pays, les poings tendus vers le ciel.
Ananananan écoutait, elle regardait le monde s'agiter avec autant d'énergie que chacun avait mis à chercher des œufs magiques. Elle ne dit rien durant plusieurs jours, puis, devant le désespoir qui gagnait, elle appela tous les Amifeuilstiliens à se réunir et à l'écouter :
« Mes amis, vous avez reçu un présent. Vous deviez l'honorer, et vous l'avez fait. Mais, les œufs magiques que vous avez cherchés et trouvés ne sont pas créations de l'oiseau qui a pondu ceux que je vous ai offerts. Vous avez pillé des nids où des auspices ont pondu, et vous récoltez aujourd'hui le produit de votre exaltation. Car, oui, mes amis, vous vous êtes exaltés et avez agit imprudemment ! Votre désir de réussite s'est transformé en folie !
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Les auspices ont une magie bien différente de mon présent… Si vous les solliciter une fois, ils vous donnent chaque jour dix fois plus que vous ne vouliez, c'est ainsi. »
Le discours d'Ananananan répandit une angoisse palpable sur les Amifeuilstiliens, un silence se fit.
De longues minutes plus tard, Delphissem s'adressa à la fée Ananananan :
« Nous avons fait une erreur, nous avons voulu beaucoup, que nos maisons deviennent les plus vastes qui soient, je pense que tous le reconnaissent. Mais toi, tu es fée, tu sais certainement comment faire cesser cette malédiction. Il faut que nous retrouvions le calme et que nous puissions accéder à nos maisons. Dis-nous ce que nous devons faire ! »
Ananananan ne répondit pas.
Crolicroli intervint à son tour : « Ton silence nous accable, ne peux-tu donc nous aider ? »
Mais Ananananan restait muette.
Crolicroli reprit :
« Il semble qu'après avoir généré notre folie, comme tu le dis, en nous offrant un œuf magique et en nous donnant qu'une part des conseils nécessaires, tu décides
de nous laisser dans nos ennuis ! Sommes-nous responsables ? Nous ignorions la magie des auspices, tu la savais et n'as rien dit ! C'est cruel, mais tu dois bien avoir une raison, laquelle ? Est-ce amusant de nous voir crouler sous ces pluies d'œufs ? »
Ananananan ne dit toujours rien.
«Alors, je vais prendre tous ces œufs, dussé-je y passer des mois, et je vais les replacer dans les nids, je vais rendre aux auspices ce qui leur appartient, et j'abandonne là le culte que tu proposes. Ma maison est assez grande finalement, et la gloire, si une en ressortait à recevoir l'étincelle de l'œuf magique, ne m'intéressant pas tant. Je me mets au travail sur le champ !» continua Crolicroli en paroles véhémentes.
Sitôt dit, sitôt l'immense tâche engagée. Crolicroli plaça une carriole devant sa maison, et la chargea d'œufs pour aller ensuite les redéposer dans les nids où les auspices les avaient pondus, tels des coucous. « En plus, ces oiseaux de malheur pondent partout, comment aurions nous su que les œufs leur appartenaient, savoir leur magie n'aurait rien changé… ce piège était inévitable, nous sommes tous tombés dedans… » fulminait-elle tout en continuant son ouvrage.
L'exemple que Crolicroli donnait dans la volonté à retrouver la tranquillité, fut suivi, par quelques uns tout d'abord, puis par tous les Amifeuilstiliens.
Hélas, les œufs étaient nombreux, et les auspices continuaient de pondre devant les portes, dans les maisons, dans les jardins et jusque dans les armoires !
Des mois durant le nombre d'œufs ne baissa pas, il semblait même augmenter certains jours, quand la fatigue prenait le pas sur la volonté.
Un matin, une accalmie sembla s'installer. Ce matin fut le premier, depuis le début de cette incroyable histoire, que les auspices n'aient pas assombri d'une avalanche d'œufs…
Mais le travail était loin d'être terminé…
Les scientifiques interpellés par les évènements, ne purent qu'admettre la réalité et estimer le temps que prendrait l'évacuation de tous les œufs d'auspices, ci ceux-ci ne se reprenaient pas à pondre ailleurs que dans les nids… Des mois, ont-ils dit, il faudra jusqu'à une année, peut-être, pour retrouver la tranquillité en Amifeuilstil…
Les joies du printemps furent oubliées par nécessité.
Chaque jour, dans sa maison délicatement décorée, Ananananan dégustait un thé et partageait quelques gâteaux avec Loumi, son adorable petit chien blanc. Elle n'était pas indifférente, elle songeait :
« La sagesse a été perdue. Les Amifeuilstiliens devront la retrouver, et quoi de mieux qu'une leçon, même imprévue, pour les aider à la regagner ? »
Ananananan n'intervint donc pas, et à l'heure actuelle, les habitants d'Amifeuilstil sont toujours envahis d'œufs, même si le nombre régresse sensiblement.
© Marie Hurtrel
n°SEZ7183
On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines".
Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...
© M.H
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