C’est le jour qui déporte dans le songe éveillé.
Que la nuit vous porte, puisqu’il n’y a pas d’échelle pour atteindre la lune.
Au fond d’un rêve exclu, mes cinq cents nuits de toit en tôle ondulent sous la lune confuse.
Sur les fenêtres de ma ville s’écrit la nuit en notes bleues.
Il ne faut pas prendre un animal qui saigne par sa blessure.
Inutile nuit. Une route de glace et de neige sur une musique nordique sauront-elles s’écrire quand une heure plombe les mots... J’écris, partie dans le silence d’une steppe et sur les pas d’une louve... entre la porte et la nuit, entre hier et peut-être, entre le tic-tac de l’horloge et la mort qui rôde.
Le songe souffle comme l’autan sur les rêves, un songe décomposé que la nuit refuse. Un songe usé, trahi, qui cherche son encre et trouve ses larmes.
Si on ne doit pas dire, si on ne doit pas écrire, que faire alors de ce qui déborde du livre ?
La nuit se tait, parce que les mots ont cousu le temps, bord à bord, le temps avec demain qui passe, se glisse, s’en va.
Être une folie secondaire, compter les pages trop blanches et les nuits trop muettes... être sans temps s’écrit sans encre quand le poème s’effondre sur le bord d’un monde sans terre.
Un soleil nocturne suggère l’écoute des tourments des hiers en fascine couchés, érigeant l’ombre des chats des coutumes gouttières, quand de pierre en pierre sur les murs gris et leurs portes sépulcrales se pose le temps.
De la rue jaunie de lumières novembrines, je recompte mes pas sous le grand pull noir de quinze saisons.
Et si le temps s’enfuit sur les ondes célestes, si la camarde surprend le souffle incarné, si la nuit hypnotique inonde le sens du sang avant l’épilogue poétique, j’écrirais quand même, j’écrirais encore un dernier acte dans l’encre de mon âme.
Oublie la rime et ses frontières
Oublie le sable et la brûlure du ciel
Laisse le vent déplacer le Sahel
Laisse le sang découvrir ses veines
Regarde l’heure se coucher sous le temps
Écoute la nuit et son poème
Comment dire sans mots
Comment croire quand tout vacille
Comment cueillir sous la neige
Comment rêver sans sommeil
Comment trouver une route au Sahel
Où sont l’horizon et la couleur du ciel
© Marie Hurtrel
Dans le dos, des ailes de papillons, j’ai volé trop haut, vers un soleil trop chaud. Dans les yeux, des horizons bleutés, la brume s’est levée, et la nuit est tombée.
Je me suis couchée à l’ombre d’une page bleuie au sang des rêves, la nuit de mon âme tentant de donner sens à ma poésie.
Par un rayon de soleil, une goutte d’eau, une poignée de terre, un souffle de brise, que la journée s’ouvre comme une fleur.
Que les mots portent plus loin que l’horizon, de l’autre côté des nues, par delà le sable et la mer, qu’ils résonnent et raisonnent.
De la nuit, de la lune, de la terre, des nuages, du tic tac des comtoises, de la mort, de la vie, d’hier, de demain, de la musique, du vent, des feuilles de saule, de l’eau de ma source, des yeux des anges, des couleurs de ma palette, du regard d’un poète, du jour qui se profile, du boulevard qui circule, du auvent du fleuriste, des tables de Christiane, de la Liberté de Miloud, du bleu de mon cahier, du bleu de mon âme, du bleu de Russie, des révoltes estudiantines, des senteurs de cacao, des pas de mon voisin, du pain sortant du four, du thé qui noircit mon verre, de mon dos qui se plaint, des yeux qui touchent le siècle, des souvenirs des dieux, de mes partitions, des heures de musique amicales, des pierres ardéchoises, des étangs brennous, du broyé au sucre de mon enfance, des ancolies cueillies sous ma fenêtre, des bouleaux finlandais, de la neige de Gatchina, du son du djembé, de l’insolente intelligence enfantine, du miel de lavande, de la sauge fleurie, du goudron de la route, de la poussière des chemins, des cris matinaux emplumés, des carillons du clocher de la cité, du bourdonnement des abeilles, du blues, du jazz, du klezmer, de mon saxo et de son violoncelle, du portable qui sonne, de l’été qui résonne, du café qui camerounise ma tasse, des hommes qui savent être humains, des humains qui le restent, du refus de plaire, du bonheur de voir, de toucher, de sentir... parce que mes pieds touchent terre et que mon âme est ailleurs, de là et d’ici, de là-bas et plus loin, mon inspiration arrive...
Une heure s’étire, la nuit creuse le silence, j’écoute le boulevard qui s’est tu.
Sais-tu les mots qui se posent sur mes pages, les mots qui frôlent ma bouche et repartent sur les ailes du peut-être, sais-tu ce que j’écris quand le temps se décompose dans mes yeux et tes rivages ?
Si de l’autre côté quelque chose existe, je peux traverser l’enfer et son néant, je peux poser mes pieds nus sur la braise et marcher sur les flammes. C’est le brouillard qui égare, pas le feu.
Le temps est un tueur en série.
Quelques pétales de soleil sur le silence chantonnent à ma fenêtre, un jour pour aller dire un poème à mon saxo qui paresse sous les heures de l’absence.
Les poètes sont... fous fous fous, d’où la beauté des mots qui peut être quel que soit le sujet, il me semble que le talent se mesure en partie dans un thème délicat, tous les thèmes où les mots font funambules sur la crête d’un oiseau-lyre (lyre à crête ça n’existe que depuis tout de suite, si, si), sur le crêt de la liberté. Il faut un brin de folie pour ne pas prendre le vertige, pour ne pas tomber dans un piège de qualités négatives, telles que la vulgarité, la méchanceté, le mépris, etc. pour danser comme des fous sur la pointes des mots les plus terrestres. Il y a plusieurs poètes qui le font à merveille.
© Marie Hurtrel
On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines".
Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...
© M.H
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