Le poète monte en puissance, c’est le poète des vérités, je dirais des quatre vérités, celles du monde, de l'ensoi, du soi, celui qui écrit l'humain vu de dedans et de dehors, avec toutes ses contradictions et ses "dictions", avec ses remous reconnus, vus et explosés, et les latents aussi, les remous qui promettent ou menacent.
Pour la qualité littéraire dans le sens structure de l'assemblage et des jeux avec la langue, avec ce que je peux et veux décortiquer, l’écriture est solide, il poétise avec un choix prosodique qui est la couleur qui convient à l'expression de ses idées. Il y a une forte musicalité qui tient du son du djembé autant que de la symphonie lyrique. Son écriture vient chercher le lecteur au plus profond de son rythme de vie et de son cri intérieur.
J'assimile la poésie à la musique, au chant, et ce que je dirai sera toujours lié à cet élément que je recherche, la musique. Il me faut une partition complète quand je dis un poème, avec les notes sur la portée, la clé, l'armure, les accidents, et les mots de la choriste que je suis, et là, dans les textes de Paul Nwesla, je trouve ce qui satisfait ma demande.
Qu'aurions-nous voulu entendre ou lire, rien d'autres que ces mots révoltés et écorchés, sur la terre écorchée et lacérée. Les poètes sont là pour écrire, je me répète comme une vieille machine toussotante, mais tant qu'il y aura à dire, sur ce point là, il faut.
Tout va pour le pire dans le pire des mondes, mais je garde irrémédiablement l'espoir que demain sera pour quelque chose d'autre, quelque chose de meilleur, je ne peux que le croire, et avancer pour ça, rester debout pour ça, parce que ça.
Que le poète continue encore ces mots qui déshabillent les consciences, encore des mots qui soufflent le froid dans le dos, c'est un moyen de réveiller et de participer à bouger ce tas de boue qui englue le monde. Paul Nwesla Biyong nous trouble et réveille, il a la puissance des mots, il assoie sa poésie dans le monde qu'il scrute et nous rend ses impresses révoltés.
"Que veux -tu que je te dise" est un poème alerte, réveil, la faux camardale des hypocrismes.
M.Hurtrel
"Que veux-tu que je te dise" de Paul Nwesla Biyong
Que veux-tu que je te dise
Que l’an deux mil neuf s’en est allé
Avec ses gémissements horribles
Ses fleuves en crue sillonnant les flancs échevelés des terres mouillées
Ses explosions de gaietés cadavériques
Milles morceaux choisis émiettés
Lendemains amputés sur les terrains démilitarisés
L’océan respirant à vagues déployées
Exhalant affaissements
Inondations
Sinistres
Rasages
Ravages
Que veux-tu que je te dise
Que l’an deux mil neuf s’en est allé
Avec
Au bas mot l’avènement obamal
Une mort du racisme dit-on
La mort de Bongo
Les morts de Madoff
Les chèques de coupe en algue
Ces rues qu’on reboise
Les forêts contrariées
L’entêtement d’un ahmadinejad
Les défis des poulets pakistanais
Le râle du pas peuple
Trop de vaccins pour l’Agrippa surestimée
Les grands bonds du Japon
Chinent de sa réussite
Bolly-Hollywoodisme
Un messie ballon d’or
Les promus à la coupe du monde de football
Que veux-tu que je te dise
Que la guerre est finie
La paix revenue
Moudjahiddines et talibans
Ben L’Amen et ses anges
Chantres passionnés entonnant Tartare
Armaguedon étonnant la Statue de la Liberté
L’Afrique émettant des sons audibles
Pour ses peuples affamés de vivres
Luxueuses cylindrées
Comptes en Suisse
Et du sang débordant des ethnocides
La putrescence du droit de vivre des villageois
Darfour
Sur le front le sceau de la fin
Je ne fais que parler
De cela tu as raison
Mon pouvoir impotent
Et cela amuse
Les autres qui font
L’enfer
Que veux-tu que je te dise
Que j’ai connu de bons poètes
Des amis
Des frères
Oui
Un second fils
Des promesses
Une belle santé
Révolution de ma plume
Des cœurs qu’écorche l’immonde dehors
Assemblent toutes leurs ondes
Positives
Chaque jour renouvelle la pensée
Affronte fermement la flemme
La froidure incisive des causes perdues
Berlue si je dis
Je ne suis plus seul
Je ne suis plus seul
Une larme d’amour perle richement sur cette face
Prémonition d’outre-monde d’autres liens
Qui délivrent
Délient la langue de la liberté
Liberté
Mes ailes
Même virtuelle
Qu’est-ce qu’elle sent bon
Que veux-tu que je te dise
Que l’avenir est vert
Espoir autorisé
Ses plaies cautérisées
De toute façon les attentats sont trop souvent manqués
Les suspects appréhendés
L’amorce des sentiers de paix
Est-ce vraiment ce que tu m’entends dire
L’entente
L’harmonie
Ce calme inespéré
Couleront à flots sept années
Aucune hérésie dans les temples
Eglises et mosquées
Les prophéties émises
Apprises et comprises pour l’intérêt des désintéressés
Derrière les dirigeants aucune éminence grise
Je m’égare
Ce n’est ni régulier ni poétique
Juste des vœux criés à vau
L’eau
Bonne année
Le dire à la fin mais non au début
Pourtant la fin est le début
De ma nuit au matin
J’ai veillé
J’ai vieilli
Sous le poids de ton absence
Une lueur sur mon visage
Quand le jour est venu
Sans le soleil
Cette autre fois
J’écoute la rue
Le ruisseau
L’herbe qui mouille sa tige
Les animaux venus irriguer des gosiers arides
Seul des cris
De joie
Beaucoup de joie
De peine
Encore plus de peine
Comme une nuit inachevée sondant ma patience
Mon mérité à connaître les joufflus jours heureux
Loin d’ici
Bas
Aveugle
Sourd
Muet.
© Paul Nwesla Biyong
Voici un extrait d'un poème où le poète touche le jeu des rimes mais où on pressent un séisme poétique dans son oeuvre.
C'est un aspect premier de la plume du poète Paul Nwesla Biyong :
"Les ensorcelés"
Deux bales de blé bercées par un vent doux, volent
Vers l’étrange ligne dorée du couchant.
L’appel est mélodieux, leurs âmes vibrent,
A la folie de leurs sens, elles se livrent.
Elles s’abreuvent des sucs chimériques,
Le chant de liberté, leur esclave.
Deux bales bercées par un vent doux, violent
L’étrange ligne rouge tracée par le temps.
Un langage savoureux enflamme leurs coeurs
Voluptueusement enlacés malgré leurs peurs.
La couleur de leur douceur identique
Les débarrasse de toutes entraves.
Deux bales bercées par un vent doux, veulent
Y croire aux heures des espoirs mourants,
Repus d’avoir trop attendu l’Amour.
La cour est courte, esprits fusionnés,
Moins de jeu de mots pour ces passionnés,
Car la survie est à l’ordre du jour.
Deux bales bercées par un vent doux, veulent
Se fondre dans les rayons crépusculaires,
Argus des dernières heures journalières,
Témoins d’un sublime feu retardataire.
Enfin profiter de ce bonheur infidèle
Qui quitte les uns pour les prendre sous ses ailes.
© Paul Nwesla, texte déposé.
Retrouvez d'autres poèmes sur le site de l'auteur : Recueils poétiques
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