Voici un texte qui vient de loin au fond d'un ciel poétique, le poète Najib Bendaoud semble avoir la muse dont il parle greffée au ventre.
Tout ce que j'ai pu lire de cet auteur est comme un flot bouillonnant où l'inspiration n'est jamais brimée par quelconque raison, c'est la liberté qui se palpe dans le rythme et la mélodie de ses mots.
Un grand bonheur à le lire chaque fois.
M.H
L'arbre de ma muse
Une couleur ce soir m’a pris en otage
Ses yeux commencent par loger mon songe
Ta couleur, n’a pas de couleur
Elle s'appelle rêve dans un espace
Elle est un mélange sublime
Elle a un peu de ton sourire d’enfant
Et un peu de ta sensualité d’adulte
Elle est toi dans mon rêve qui s’éclot
Depuis maintenant hier et ce soir
Et la musique dans tes yeux a vivifié
Toutes les roses de mes roses délaissées
O mon Dieu !! Comment mes mots se taisent !
Rejoignent de nouveau ce silence écorchant
Mes sentiments se cachent au fin fond
De mon être ressuscité
O mon Dieu !! Comment mes mots tremblent
Orphelins, ce soir sans leur extase
Chétifs dans le noir de leur gouffre
Ne t’en va pas ce soir
Reste enchanter mes déboires
Attends-moi non loin de moi ce soir
Fais-moi écouter la musique de ton art
De ta vie ornant ton regard
Arbre de ma muse
Contamine moi jusqu’à l’aube de tes danses
Offre-moi tes sons et tes sentences
Tous les jardins de ton essence
Toutes les paroles de ta quintessence
Tous les fruits de ta jactance
Enfant terriblement voisin de ma loge
Libère moi de ce froid immense
Aide-moi à savourer ton parfum
Aide-moi à adorer tes lieux saints
Aide-moi à exorciser ma peur de tes seins
Aide-moi à contourner ma timidité
Qui ronge affreusement mon ventre
Arbre de ma muse
Écroule ce mur qui attriste mon élan
Ce monde de brumes qui annihile
Mon survol au creux de ta main
Fais-toi jour et illumine ma nuit
Fais-toi ange et je t’offrirai ma romance
Fais-toi femme et j’épouserai ton âme
Fais-toi nature et j’arroserai tes flammes
Fais-toi écoute et je t’embellirai
De mon éloquence
Arbre de ma muse
Fais-toi mer et je graverai ton nom
Dans tes profondeurs
En or et ma farandole
En argent et ma voix
Fais-toi monde de mon monde
Et je prierai ton sud et ton nord
Je psalmodierai ton Est et ton Ouest
Tous les champs de ton corps célestin
Toutes tes rondes subtilement incertaines
Toutes les lèvres de toi ma muse
Arbre de ma muse
Offre-moi ton ombre d’amour
Et je me noie dans ton glamour
Car et enfin ton charme et toi
Vous n’êtes pas d’ailleurs
Car et enfin, je sens tes marches
Danser mes vers dans mon verre
© Najib Bendaoud
On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines".
Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...
© M.H
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