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Jean-Luc Moulin

Ce cri sera soudain, le haut cri, le cri qui n'est qu'à son grésillement.
Au bord de l'im-ex-plosion, le monde sera soudain et nouveau et dépouillé et accouché, enfin. Avec le cri.
Un texte fort de Jean-Luc Moulin, poème où chaque mot porte loin. Il n'est de poésie faible entre l'encre de cet auteur, tout son art "écranise" l'humaine blessure.
(Jean-Luc Moulin est notamment co-auteur du Chant des larmes.)

M.H

Le cri...

Le cri sera soudain mais sera redoutable,
Élan d'apocalypse annonçant votre fin,
Le cri des innocents qu'on a jugé coupables
Pour que vous leur voliez et leurs vies et leurs biens.

Le cri des travailleurs,
Bagnards de la sueur,
Sans la moindre lueur
Tout au bout du labeur.

Le cri de tous les roms,
Victimes de pogrom,
Que l'on traite en sous-hommes,
Esclaves ou bien fantômes.

Le cri des sans-papiers,
De tous les exilés
Que vos cupidités
Ont volés, humiliés.

Cri de nos frères gitans,
Le peuple voyageant
Depuis la nuit des temps
Que l'on parque en des camps.

Cri de nos sœurs battues
Que l'on frappe et l'on tue,
Juste d'avoir voulue
Vivre libre et têtue.

Le cri sera soudain et sera mémorable,
Réduisant tous les murs de vos esprits obtus
En océan de lave emportant vos semblables
Jusqu'à ce que la paix soit enfin revenue...


© Jean-Luc Moulin.


Membre du collectif des Poètes mal famés

On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines". Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...

© M.H

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