Des oiseaux qui se brûlent les ailes sur la croyance en un rêve qui va plus loin que l'apparence, plus haut que le ciel où on les voit et croit les entendre vivre. Ce texte est magnifique, plusieurs lectures me l'ont ouvert au-delà de la porte poétique dans un semblant de misère planant entre les notes d'un chant lointain, tellement lointain.
C'est comme ces sourires sereins qui voilent le désarroi et une source entre les arbres de la vie aux bras noueux et tellement fragiles, dans une forêt bruyante des ramages alors que l'ombre des chênes solides raconte leurs désespérances couchées sur le tapis des feuilles tombées, là, immobile capharnaüm suçant le silence comme fruit de hasard.
M.H
Ladies ring the blues
Déjà,
Les actes prophétiques
S’abandonnent à la grisaille écobuée.
Des fois,
Ils se révèlent à l'intime progression
Ainsi, la solitude rétive,
S’achève de mourir tout près de la bordure altérée.
Des fois !
Mais, soudain !, au gris et clair-obscur
De l’avenir presque rasséréné
Les êtres submergés se délaissent ; invisibles,
Tout comme la difficulté d’être
Et celle encore plus pénible de n’être plus.
Les clones(1) prophétiques ont enclos leurs tombes
La tendresse en pure déshérence
Et les paroles impromptues se déversent des écluses du ciel
Où prend sa source ; inexorable : l’existence indue
Qui n’a plus rien de commun avec le genre humain.
Cette peine
Excessive,
Cette peine terrible
Cette peine à vivre qui t’étreint
L’évocation de l’existence intérimaire qui suinte
De partout,
Elle s’échappe à pas feutrés la vie,
L’existence est à suivre...
Mais sauras-tu si dans la pénombre contrastée
Un être t’aima ?
Les bras noués, haletant de douleur, contrit
Le corps tourmenté, palpitant
La passion clandestine
Et le cœur en partance ?
Cet état aurait-il grandi ton pleur si pur
À l’unisson maintenant dans la tourmente et le chagrin
Sauras-tu si dans la pénombre ; patelin,
Un être t’aima...
La peine et l’amour enceint
L’hérésie obituaire,
La soif d’être
Et de n’être ce que tu ne pus et ne voulus sûrement être.
Qu’aurait-ce alors servi de t’aimer au sortir
Du rêve inféodé
Dans ces vertes prairies, si vertes, si vastes,
Et que l’on suppose contre tout vertes
Peureuses,
Bien effrayées de cette effraction indécise
Qu’est la porosité humaine.
Certes !
Nous fûmes des ombres mortifiées
Mais, jamais le jour ne put être...
Et tout au plus,
L’existence est à suivre
Qui s’égare déroutée,
Sous les cris ébahis
Des Enfants de la Terre.
© 1994 Gérard Bertrand Kamdom
NOTE
(1) Personnages du Requiem à huis clos.
On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines".
Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...
© M.H
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