"Les mots vertigent à sage escient" de Fernando d'Almeida, aux éditions Edilivre.
Rue d’Almeida
Lecture de « Les mots vertigent à sage escient » de Fernando d’Almeida.
Feignons-nous de valider la transmission ?
Prenons-nous la croix d’hier par le confort de demain ?
Où balancent les mots dans le viscère des peurs humaines ?
Nous entamons la rue d’Almeida avec nos propres peurs-éthiques pour entendre un carillon vespéral dans la cité Infini.
De fin, il n’y a jamais puisque nous ne commençons rien…
Le poète envoie sonder le malaise professoral dépouillant nos corps de leur tranquillité pour nous inciter à la tranquillité même.
Et nos silences hoquètent leur trop-plein d’indulgences.
Sa poésie semble mordre là où la rage n’est pas éteinte, pourtant dans ce discours que je reçois comme giflant nos faces masquées sur le trône de la condition humaine, il y a toujours une sereine infinitude…
Parce que Fernando d’Almeida secoue par l’indulgence des sages. Il nous parle des mots qui nous parlent des mots qui se taisent dans le charnier des croyances et le lange du constat.
Tout dans la chaleur d’une géographie glaciaire, abstraction faite de la localisation du texte, nous parvenons sans peine à toucher la réminiscence d’heures troubles en nous.
Du froid de la neige en terreau fertilisant la raison d’aborder le possible dans nos étranges compromissions immobiles, « Les mots vertigent… » et nous de vaciller et reprendre la lecture du monde sans son sens saisonnier.
Le monde n’est pas un mensonge. Le mensonge est un monde quand, aux solitudes qui nous taisent, le ciel fait un clin d’œil de cyclone.
Il y a l’impression d’en découdre avec les leurres institués institutionnalisés et l’on s’égare en se retrouvant « A la fascination du temps » dans le doute indolent d’une aube fraîche.
J’arrache ma première lecture, là, et recompose la virginité d’une lumière sur ces mots hémorragiques…
« La pensée ricochant
Sur l’inconnaissance » accède au Tu, semence des brumes humaines, dessinant la révélation du
« …mal à
L’ainsi des choses » où nous semons nos inconstances.
Lire comme on emprunte une labyrinthique renonciation.
Quand le verbe se réinvente dans les longues ornières du songe emportant à épouser la tessiture du poète pour lire l’in-lire…
Humain, nous sommes sans cesse en partance, alors nous réécrivons sans cesse les mots et leur sens. Dans la vie qui est vaste périphrase, nous coulons et nos yeux affleurent par notre infinitude aux horizons intérieurs. C’est l’osmose du verbe en soi. Infiltrés du sens, nous sommes le sens. Et la pensée sculpte l’iceberg incandescent de l’âme. La peur vient : dire tue-t-il le dire…
Le poète tutoie le monde, parfois je lis le reproche à ce trouble du constat, et je m’égare dans ce tutoiement des choses et des convenances. Rien n’est convenu et tout porte la convention où tout plie.
La rue d’Almeida met du désordre à nos idées en appelant à creuser les failles à grand coup de dépit subliminal : c’est parce que tout est vain qu’il faut continuer de croire et de fouiller le sens. Et rien n’est vain dans le parcours, rien ne dessoude la route et la partance, rien n’est vain en ce sens que l’in-contrôle prend ses marques dans la lumière sur les répétitives mises à nue de soi. En dénonciation du sens et des sens. En âme, le penser et le corps.
Parce que la chair parle plus que le verbe. Les cuisses du temps s’ouvrent pour engloutir le primitif dont nous ne sommes jamais sortis. C’est la naissance charnelle du divin en soi qui écrit la jouissance du penser et sa mort. Et s’expulse l’in-raison dans le chaos originel. Trouble. Quand on croit toucher le ciel, on réécrit l’apocalypse. L’infini du rien et des prétentions d’être.
Nus.
Nous sortons nus de la lecture, il va falloir faire avec et sublimer notre désordre des choses.
Nous sommes en philosophie et cela porte un nom : poésie.
Marie Hurtrel
"Didascalies d'un séismes" de Fernando d'Almeida, aux éditions OPOTO
C'est une petite avancée dans un poème à tirer les larmes et la conscience par tous les pores de ses structures motifiées, entre les mots venus de leur au-delà, inspirés, parce que "la mort truque et traque la vie" (p.36) et se taisent les corps exsangues écartelés sur le silence de l'île dans ses pleurs. C'est un livre à dire, un poème précieux et plus encore, parce qu'Haïti qui tremble, c'est l'île au ciel effondré et sous les mots inconsidérés, alors que le poète relève ce que le souffle terrestre médit, pour offrir des crépuscules qui célèbrent les morts sous la vie s'imposant sur les décompositions humaines.
Marie Hurtrel
Ici, sur Calaméo, un extrait des "Didascalies d'un séisme" de F.d'Almeida
L'évangile du coït de Fernando d'Alméida, aux Editions Opoto
Poésie de la vie, de la terre, poésie naturelle...juste parce que le beau ne se cache pas seulement dans la décence d'un visage et d'une forme approuvée académique, car la beauté se situe où les mots pour la décrire l'atteignent et qu'il est possible d'encenser en de multiples strophes les merveilles du corps, dans une danse sémantique sensuelle.
Quand le ventre qui donne la vie est l'univers et toutes ses dimensions, de l'amour à la mort, quand la femme est vue par l'immensité de la vie, qu'elle est planète mère, entrailles du monde et des rêves, quand les saisons sont matrice et ses promesses, et que le sexe des femmes initie à l'onirocritie, lorsque la jouissance semble une conversation avec les dieux, c'est un poème et il est écrit par Fernando D'Alméida.
J'ai aimé lire ce poème où les mots coulent à flots sur la féminité et l'union charnelle et où je lis comme une idée de l'infini, l'univers sans genèse ni apocalypse, dans l'explosion des sens.
Ce poème provoque, tout autant il incite à découvrir les autres versants de la plume du poète.
Dans ce livre que j'ai d'abord ouvert avec méfiance, j'ai découvert un jeu poussé avec des termes qu'on ne lit pas souvent en poésie, comme si le poète se prenait à jongler avec des "mots anatomiques" au cœur des vers.
Le poème provoque, Fernando d'Alméida provoque, c'est clair, le livre est plus que surprenant mais je ne le lis pas comme un texte irrévérencieux ainsi qu'écrit, sans certitude appuyée toutefois, dans la description sur le site Opoto.
Je ne m'arrêterai pas à la seule poérotique de Fernando d'Alméida, ce serait réducteur, la richesse de sa plume promet bien davantage et je ne passerai pas à côté. Je gage n'être pas déçue, et je reviendrai dire si cela est ou n'est pas.
Cet évangile du coït peut choquer sans doute, mais seulement parce qu'il livre une poésie, poérotique, brute dans le choix des mots. Ce n'est que cela qui peut déstabiliser à la lecture première.
Pas simple d’écrire un poème avec des termes si peu poétiques dans l’idée qu’on peut s’en faire…habituellement…mais les habitudes ne sont que limites, et en art, la poésie est art, c’est la liberté qui est essence, à mon sens.
Marie Hurtrel
Liens, articles, autres livres de cet auteur :
Fernando d'Almeida, La fable de l'inéffable, le tombeau de Gaston Miron
Conférence, Fernando d'Almeida, pionner du sexe dans la création poétique
“Grand Prix de poésie Léopold Sédar Senghor” de la Maison africaine de la poésie internationale
Poète en résidence Fernando d'Almeida : « Rimbaud est une icône »
Fernando d'Almeida, Mesure de l'amour
Fernando d'Almeida, par Anne Cillon Perri
Le poète enseigne la littérature québécoise au Cameroun
On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines".
Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...
© M.H
Site déposé n°UGZ218B. Textes déposés © n°SEZ7178 et © n°UGZ218C et suivants. ... |
||||||
|
||||||
| |
![]() |
|||||