Ma lecture du livre d’Abbassia Naïmi, « Au-delà de la souffrance… l’espoir » (aux Editions La Bruyère).
Du croisement « osmotique ? » de la misère individuelle avec la misère du monde. Celle portant, renforçant le mal-être par confrontation des incompréhensions.
C’est par l’exil de survie (en est-il un autre ?) que s’écrit celui en soi. Est-il une loi juste de l’univers en tant qu’humaine construction qui force l’exil et à l’exil.
Comment les racines peuvent-elles « reprendre » dans un nouveau terreau à la constitution étrangère ? Le mot d’étranger ici, conçu en réflexion pour l’écrire dans un sens troublant comme une expression de « l’endoétranger ».
Qui ? Il y a des souffrances qui amènent à l’égarement, et qui poursuivent les entailles à l’âme en les transcendant. Qui est-on dans nos choix et nos possibles, qui est-on dans nos impossibles et nos raisons ?
En sortant momentanément de la lecture du livre d’Abbassia Naïmi, « Au-delà de la souffrance… l’espoir » j’ai perçu le son d’une forme terrienne de poésie qui appelle au dire autrement, dans un accent inconnu aux miens et pour lequel il me fallait du temps d’acceptation.
Il y a un travail hors musicalité apparente qui m’a surprise, l’exil pris dans sa douleur abstractive et mis en mots dans un figuratif forcené, à vous descendre dans votre rue. Celle sans concession de la douleur des chutes dont on se relève on ne sait trop comment.
« Un vide, un rien, un leurre. » (page 10)
N’est-ce pas, là, la dépose de toute harmonie possible ? On ne pourrait entrer dans la douleur de l’exclusion « racinale » avec l’expression symphonique de la beauté des choses.
L’exil est froid et brûle par le corps, l’âme et le cœur. C’est la neige carbonique, le néant truffé d’épines.
A cette approche dénuée en apparence des notes -que j’attendais peut-être inconsciemment, moi qui n’attends d’habitude rien du mot pour me laisser plutôt prendre par lui- ô notes du haut chant poétique, s’ensuit dans le même poème, « S’exiler » (page 10), une sorte de slamisation de l’expression. Le froid est bien là, toujours là dans son pincement de l’adieu aux rêves, mais les mots, eux, commencent déjà une autre danse cathartique.
Danse. Musique.
Prenez la lecture avec la voix, celle des cordes vocales, et écoutez la mutation. De là-bas à ici, de la poétesse à la poétesse, elle, une, et qui pourtant vous parle… les mains ouvertes.
Le ton, la note, la clé du chant sont donnés.
Les mots cognent sur la reconnaissance d’une aire de repos, l’autoroute fulgurante de l’horreur (pour reprendre le titre et l’onction du poème page 12) a peut-être trouvé où déverser ses émanations toxiques… dans une forme poétique de la (re)composition de soi. Quand l’encre ouvre cette possibilité au-delà de la « dépression climatique » (page 13)
Parler peut blesser, et dans l’agression où les mots sont des armes qui ne se connaissent pas toujours, le sang est un fleuve sans rive, sans source nommée et trop connue pourtant, sans delta et pourtant violemment tourné vers la vie et l’espoir qui la sacre dans ce « ...Posséder le langage de la croyance...» (page 15).
L’écho au cœur trouble de ces cris qu’on fait siens puisque la parole ne voile rien, elle pose là, sur la page, des évidences à nos remous spirituels.
La certitude des autres, le pourrissement de l’espoir qui pourrait se faire par les mots assénés comme autant de coups violents sont renvoyés par l’écrit comme une provocation à reprendre en soi les questionnements sur l’intention à soulager son mal en donnant le sien. Des mots qui lacèrent, la poétesse les a reçus, mais elle les oblige à rebondir sur les pourquoi et ses cris. L’incompréhension est lue entre les lignes de la main qui se tend quand même en retour… tu me blesses, alors je t’offre le moyen de comprendre pourquoi tu le fais.
N’est-ce pas ainsi qu’on déboulonne les intentions nocives des autres, ou leurs négligences corrosives écloses sur d’alter-blessures ?
Pourquoi reçoit-on les jugements de ceux qui refusent d’accepter (compréhension) et d’entendre le saignement de la racine humaine pourtant jumelle en dehors de son semis terrestre ?
La terre a choisi. Et l’humain qui a décidé du choix de la terre à sa place, se permettrait-il de briser l’élan des cœurs dans le choix de la vie...
Où est la Vie ? Terre et Vie se « synonymisent » dans le tissu poétique.
On ne dit pas la poésie comme une messe, la voix qui porte les mots ne peut venir des résonances des cathédrales, au risque de porter des "raisonnances" soumises aux diffractions "déshumaines".
Elle pleurerait qu'on l'enfonce sous un timbre digne d'une oraison funèbre, parce qu'elle est vivante !
La poésie a des semelles usées de poussières anciennes et des rues et chemins de demain. Elle arpente aujourd'hui...
Elle siffle sous les bosquets insolents de l'été comme sous les gouttières brûlées des hivers citadins. Elle se balade sur le bitume, elle rampe et vole, mâche une herbe folle en recomptant les pierres des murets en terrasse de nos histoires profondes.
Que la poésie s'encorde de gouaille ou d'un son cristallin perçant le coeur des soprani, elle ne déclame rien, elle "n'enchaire" rien, c'est une rôdeuse, maraude, même dans ses mots les plus précieux, la voix ne peut l'engloutir de "pompesques" morgues...
© M.H
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